Leur écologie et la nôtre

Dans cette campagne, c’est à qui se repeindra le plus en vert. En effet, touTEs les candidatEs, de droite comme de gauche, en ont fait leur cheval de bataille ! De la même manière que nous assistons à une surenchère sécuritaire durant ces municipales, Nantes est le théâtre des belles promesses électorales en matière d’écologie.

Design par Pisaller.art

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Dans cette campagne, c’est à qui se repeindra le plus en vert. En effet, touTEs les candidatEs, de droite comme de gauche, en ont fait leur cheval de bataille ! De la même manière que nous assistons à une surenchère sécuritaire durant ces municipales, Nantes est le théâtre des belles promesses électorales en matière d’écologie. Allant des propositions autour du vélo, bien souvent plus fournies que les propositions concernant la question des inégalités sociales, en passant par divers projet de végétalisation de la ville, en aboutissant très souvent par le grand vœux pieu de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Bien des choses d’ici là peuvent arriver... et les phraseurs et phraseuses grandiloquentEs ne nous convaincront plus, à l’image de Macron qui déclarait depuis la Mer de glace, près du Mont Blanc, que le gouvernement avait amorcé un grand virage vert. Le suspens n’est heureusement plus à son comble : son bilan réel est minable. La rénovation énergétique des bâtiments est en retard. La part des énergies renouvelables est plafonnée à 17 %, le désastre industriel et financier de l’EPR de Flamanville se poursuit, 11 centrales à charbon sont encore en fonctionnement. Total importe toujours de l’huile de palme et Monsanto vend son RoundUp au glyphosate. Pendant que Macron fait son cinéma, la température monte. Janvier 2020 a été le plus chaud jamais enregistré. En 2018, la France a émis autant de CO2 qu’en 2015. Même les timides engagements sur le climat pris à la COP 21 ont été revus à la baisse. Macron, comme ses prédécesseurs Hollande (PS-EELV) ou Sarkozy (LR), ne parle d’écologie que pour introduire de nouvelles taxes !

Responsabilité individuelle ou irresponsabilité des capitalistes ?

Il est de bonne coutume de culpabiliser les consommateurs comme les responsables du réchauffement climatique. Les consommateurs n’ont pourtant aujourd’hui et dans ce système aucune prise sur les décisions et les orientations de la production mondiale, qui repose entièrement entre les mains des propriétaires privés et des grandes entreprises comme Total, Vinci, Airbus, etc. La population est entièrement dépendante de ceux qui leur fournissent l’énergie, des prix qui lui sont imposés, des technologies qu’elle trouve sur le marché. L’exemple du recyclage est édifiant : on cherche à faire porter le chapeau aux consommateurs alors que les entreprises privées fabriquent des plastiques trop divers pour pouvoir être recyclés. Ainsi, seuls 6 % des emballages plastiques du commerce sont recyclés. Leur système marche sur la tête : comme en témoigne ces 350 000 tonnes de poulets qui chaque année quittent les Pays-Bas pour rejoindre l’Allemagne… tandis que 100 000 tonnes font le trajet inverse.

Le capitalisme est-il assez mûr pour se mettre au vert ?

Le capitalisme ne sera jamais vert. Aveuglé par la recherche effrénée du profit, les ultras riches sont les grands responsables du désastre. Tandis que certains expliquent qu'il s’agirait d'un problème de surpopulation, les 10 % les plus riches de l’humanité émettent la moitié des gaz à effet de serre, alors que la moitié de l’humanité n’en émet que 13%. Au-delà de la ville de Nantes, c’est tout le système économique qu’il faudra bouleverser pour construire une société fondée sur les besoins de l’humanité et la sauvegarde de la nature. En finir avec la loi du profit, produire mieux le nécessaire, développer et rendre accessible gratuitement les services utiles à la population : transports, éducation, santé, etc. Seule une diminution radicale du temps de travail sans perte de salaire permettra d’éradiquer à la fois le chômage et la production pour le seul profit. Travailler moins donnerait à toutes et tous la possibilité de s’impliquer dans la vie politique et sociale, et de prendre nos affaires en main. De choisir ce qu’il est utile ou non de produire. Il faudra en passer inévitablement par le contrôle sur la production des travailleuses et travailleurs eux-mêmes, qui eux-seuls sauront réorienter le but de la production vers la satisfaction des besoins de chacun de la manière la moins polluante possible.

Une mesure simple et immédiate : la gratuité des transports en commun !

Prenons l’exemple du transport : les habitantEs n’ont guère de choix. Haranguer la population pour les inciter à ne pas prendre leur voiture, sans construire et entretenir des réseaux collectifs pratiques, fréquents et confortables, est une imposture. Le marché du travail d’aujourd’hui, irrationnellement organisé, impose aux travailleuses et aux travailleurs de faire de nombreux kilomètres pour rejoindre leur lieu de travail et cela sous peine d’être plongé dans la misère du chômage… Quand on sait que le train est aujourd’hui le moyen de transport le plus écologique, l’hypocrisie des gouvernants bat son plein : dans l’Union européenne, le transport par route représente 85 % des déplacements de voyageurs et 73 % du fret terrestre. En France, à force de fermetures de lignes, le réseau SNCF est aujourd’hui revenu à sa longueur des années 1890. Le fret par rail a chuté massivement. Et le gouvernement envisage la suppression prochaine de nombreuses lignes de train Intercités sous prétexte de rentabilité insuffisante, alors que parallèlement il a ouvert les mêmes lignes aux autobus privés… Face à cela, une mesure simple et immédiate : la gratuité et le développement des transports en commun, et pas seulement le weekend pour consommer ! Comment le financer ? L'équipe municipale en place parle de gratuité alors que les sommes récoltées par la Tan en ticket et abonnements a augmenté de 50% ces six dernières années… ce n’est pas aux travailleurs de payer ! Il faut prendre dans les profits des entreprises, qui nous font traverser la ville chaque matin pour venir au boulot, et avant tout dans les profits des grandes entreprises polluantes, qui font leur beurre sur notre dos et celui de la planète.

Les projets qui nuisent à l’environnement doivent être combattus par la lutte !

L'arbre aux Hérons, énième projet touristique de l'équipe municipale, est un projet socialement inutile, au coût exorbitant (4,5 millions rien que pour les études). Une municipalité dirigée par des travailleuses et les travailleurs stopperait le projet, et utiliserait son budget pour une politique culturelle qui ne profite pas qu'aux touristes et aux plus riches des NantaiSEs qui auront les moyens de se payer un ticket d'entrée. Autre exemple, le site de distribution de Brenntag, à Saint-Herblain, est classé Seveso seuil haut, et il attire à juste titre l’attention, notamment après la catastrophe de l’incendie de Lubrizol à Rouen... Brenntag est un distributeur de produits chimiques industriels, qui possède 17 sites de distribution en France, dont celui de Saint-Herblain. Ce dernier stocke certains produits dangereux pour l’environnement ou toxiques pour les organismes aquatiques, mais aussi des produits hautement combustibles. Cette société privée a d’ailleurs été contactée par la presse, et Brenntag n’a pas tenu à s’exprimer en prétextant le plan vigipirate… C’est pourtant un enjeu environnemental et de sécurité publique, et deux accidents industriels avaient mis en danger les habitants de la ville dans cette zone en 1987 et 1991. Seuls les travailleuses et les travailleurs pourront assurer la transparence qui garantit la sécurité des sites industriels à hauts risques. Et plus généralement, seule la lutte consciente et organisée des exploitéEs et des oppriméEs permettra de défendre l’environnement et notre santé. La jeunesse, de Nantes à Paris, en passant par Bruxelles ou San Francisco, qui porte en elle les germes d’un monde meilleur, a manifesté massivement à plusieurs reprises au cri du slogan « changeons le système, pas le climat ! », une voie à suivre sans concessions.