Les élections municipales sont révélatrices d'une société malade

Le bon sens et la prudence des électrices et des électeurs, dont de nombreux travailleurs, travailleuses et habitantEs des quartiers populaires, a transformé les élections municipales en accident politique. Les recommandations contradictoires du gouvernement illustrent un mélange d’incompétence et de cynisme. L’abstention populaire à Nantes – comme dans le reste du pays d’ailleurs – atteint les 80 % dans les quartiers.

Panneaux électoraux à Nantes

Panneaux électoraux à Nantes

Le bon sens et la prudence des électrices et des électeurs, dont de nombreux travailleurs, travailleuses et habitantEs des quartiers populaires, a transformé les élections municipales en accident politique. Les recommandations contradictoires du gouvernement (jeudi, annonce de la fermeture générale de l’Éducation nationale et de réductions successives du seuil des rassemblements, samedi annonce quelques heures avant de la fermeture des lieux publics « non nécessaires à la vie de la nation », samedi annonce du maintien du vote le dimanche et lundi, confinement à partir du lendemain) illustrent un mélange d’incompétence et de cynisme. L’abstention populaire à Nantes – comme dans le reste du pays d’ailleurs – atteint les 80 % dans les quartiers. C’est une défiance ancienne qui s’est amplifiée et qui, additionnée à la crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus (Codiv 19), lui a donné une ampleur inédite. Dès vendredi, et assez largement, les discussions au travail ont tourné sur la pertinence de maintenir le scrutin. Le fait de décaler le second tour...à la fin juin est un aveu éclairant de l’indifférence du gouvernement pour les résultats. Sur un autre plan, le fait de repousser les mesures sur l’assurance-chômage et les débats sur les retraites montre aussi la régression sociale que ces réformes représentent : des attaques patronales directement dirigées sur le pouvoir d’achat du plus grand nombre. Est-il possible tout de même de tirer de cet accident électoral quelques éléments de réflexion ?

UN CORPS ÉLECTORAL ÉVAPORÉ

Quelques enseignements à condition d’être prudents. Avec 38,66 % de participation (avec un corps électoral de 191 000 inscrits), la prudence s’impose pour tirer des conclusions fermes. La presse locale a un peu vite tiré des conclusions sur la « prime aux sortants », sur le recul du Rassemblement National ou la percée d’Europe-Ecologie. Analyses rapides et convenues, mais sans surprise pour celles et ceux qui sont attentifs. L’électorat âgé et conservateur s’est déplacé, de même que celui des secteurs intermédiaires bénéficiant d’une certaine aisance matérielle. En temps normal, la démocratie actuelle (bourgeoise selon nos termes, puisque sans réel pouvoir pour les travailleurs) sur-représente ces couches conservatrices qui privilégient les alternances de gestion de gauche ou de droite. Là, l’effet est amplifié. Le Rassemblement National en fait les frais en passant sous la barre des 5 %; mais parler de recul serait un raccourci paresseux, et un aveuglement politique. Certes la campagne des Républicains avec Laurence Garnier a été très agressive sur le terrain de l’insécurité, et il est probable qu’un vote utile en sa faveur d’une partie de l’électorat d’extrême-droite, et catholique conservateur lui a bénéficié. Mais l’abstention populaire a lourdement amputé la progression du Front National puis du RN observée depuis les dernières municipales. Le parti présidentiel lui aussi est en difficulté, sanctionné pour sa politique et avec une équipe au rayonnement discret. LREM n’a pas pu prolonger les résultats des législatives ou des Européennes (26%) et se retrouve dans une position de partenaire de coalition...dont personne ne veut. La gauche dirigée par Johanna Rolland – avec un arc politique allant du PS, et les sous-produits de sa crise comme Générations ou la Gauche Démocratique et Sociale, au PCF – a géré son avance, ses réseaux clientélistes puissants pour atténuer les effets d’une gestion bien loin des intérêts des plus modestes. Sur un autre plan, Nantes en Commun n’a pas réussi son pari, malgré la sympathie de la presse et des calculs de la gauche pour affaiblir les Verts, d’être le « faiseur de Reines ». Quant aux prétendus gagnants que seraient les Verts, ils se voient obligés de constater qu’ils devront...s’unir probablement avec les alliés de toujours et ennemis d’une campagne ; le PS pourrait même y aller seul non sans essayer de débaucher ici et là des talents cachés en quête de reconnaissance. Avec des règlements de comptes assassins dont ils ont le secret, mais desquels nous nous tiendrons à distance.

PRÉPARER LA RIPOSTE

Loin de ces calculs politiciens et l’art consommé des coteries, l’extrême-gauche révolutionnaire (NPA et LO) a fait des scores modestes avec plus de 1000 voix. Des gestes qu’il faut apprécier dans le contexte de crise sanitaire, même si ce score est loin de représenter toute la sympathie exprimée pour les idées anticapitalistes et révolutionnaires lors de la campagne dans les quartiers populaires, les entreprises, et lors des marchés et porte-à-porte. Cela comptera dans l’avenir. Les réunions sur le campus, à la Maison des syndicats et dans le quartier des Dervallières, et le meeting de clôture, ont rassemblé des dizaines de travailleuses et travailleurs, allant de Gilets jaunes historiques à des précaires en lutte en passant par des habitantEs et des militantEs.

Pour l’instant, et pendant des semaines, nous devons en responsabilité nous astreindre aux mesures sanitaires, tout en continuant à dénoncer la militarisation des problèmes sanitaires, les conditions de travail des travailleurs et en particulier des travailleuses qui sont première ligne (dont 80 % sont des infirmières et travaillent en EHPAD).

Nous reviendrons vite sur le terrain des luttes pour faire payer à Macron sa politique et son incurie face à cette pandémie, loin de l’unité nationale derrière ce chef de guerre d’opérette, en lui opposant l’unité de tous les exploitéEs et les oppriméEs.