Lutter contre l’insécurité ou contre la misère ?

Comme à chacune des élections municipales, le thème de la sécurité est propulsé sur le devant de la scène. De la maire Johanna Rolland à Laurence Garnier (Les Républicains), c’est la surenchère sécuritaire. La presse locale n’est pas en reste, qui accumule articles et numéros spéciaux pour souligner une prétendue « montée de l’insécurité ».

Fresque en hommage à Steve

Fresque en hommage à Steve

Surenchères sécuritaires sur fond de contestation sociale

Le journal 20 minutes commençait récemment l’un de ses articles ainsi : “La sécurité sera au cœur des enjeux du scrutin des 15 et 22 mars à Nantes. C’est même devenu ces dernières semaines le principal sujet de la campagne.” À tant en parler, est-il surprenant que les prédictions finissent par se réaliser ? N’hésitant pas à user de formules chocs et lapidaires, beaucoup de candidats dans la course aux Municipales de Nantes en font un cheval de bataille. Laurence Garnier, droite dans ses bottes, et la main sur le képi, mélange, pêle-mêle, dans sa “lettre aux Nantais”, 300 cambriolages, 30 prétendus “saccages” du centre-ville lors des manifestations, et une cinquantaine de règlements de compte par arme à feu. La maire Johanna Rolland n’est pas en reste, en annonçant vouloir créer une police des transports, recruter des policiers municipaux supplémentaires, et renforcer la “vidéoprotection” (traduction: les caméras de surveillance).

En plein mouvement social contre la politique de Macron, les politicienNE s professionnelLEs cherchent à déplacer l’attention vers l’insécurité. Plus commode que de s’affronter à l’enjeu brûlant du moment : la question sociale et la répression qui s’abat depuis des mois sur toute forme de contestation politique.

Nous dénonçons cette instrumentalisation de la question de l’insécurité, qui ne vise qu’à monter les uns contre les autres. Comme nous dénonçons la répression violente des mouvements sociaux, et demandons la relaxe de tous les manifestantEs et militantEs poursuiviEs ou emprisonnéEs.

Dissipons les exagérations et les malentendus. Laissons de côté la dictature des chiffres et les raccourcis paresseux, pour aborder la question de fond : d’où vient la violence dans notre société ?

L’origine de la violence

Bien des propositions dans cette campagne désignent les symptômes mais jamais les causes profondes. Tour d’horizon des promesses sécuritaires des principales candidates: augmentation des effectifs de la police municpale (70 pour la liste de la Maire Johanna Rolland , 85 pour celle de Valérie Oppelt, soutien discret de Macron, et 115 pour Laurence Garnier) ; instauration et généralisation de la vidéo-surveillance ; armement de la police municipale (Laurence Garnier). La macroniste évoque carrément l’usage de drones comme dans les zones de guerre. D’autres optent pour des solutions plus douces comme par exemple l’utilisation de médiateurs et la création d’une maison de la nuit. Ces différentes propositions ne se distinguent au fond que sur une courte échelle du moins au plus musclé.

Aucune n’entend traiter le mal à la racine : la misère sociale et économique. Tant qu’il sera plus rentable de faire le guet sur le marché de la drogue pendant quelques heures pour gagner sa vie plutôt que de travailler, rien ne changera. Quelques Nantais des quartiers populaires n’ont souvent que la perspective du deal de drogue ou de la politique de la matraque sous les yeux. Et s’il est de bon ton dans les hautes sphères de condamner la violence des habitantEs des quartiers populaires, le silence est d’or quand c’est la police qui assassine et mutile ces mêmes habitants (on se souvient d’Aboubakar tué par balle par un policier lors d’un contrôle au quartier du Breil), instillant la peur dans la population. A Nantes, on peut même mourir par noyade un soir de la fête de musique lors d'une charge policière.

Contre la violence sociale : la lutte pour une vie digne et l’organisation des travailleuses et travailleurs

Contre cette démocratie casquée et sous protection policière, nous pensons qu’il est nécessaire de créer du lien entre nous et de redonner des perspectives d’une vie digne et décente : créer des écoles et des crèches ; plus de lits et de personnels de soin dans les hôpitaux ; plus de logements accessibles ; des vrais salaires et des pensions dignes ; un meilleur suivi éducatif et médical ; un véritable système de transport en commun gratuit ; renforcer l’accès à l’art, au sport, à la culture pour toutes et tous ; le partage du temps de travail entre toutes et tous pour combattre le chômage et avoir du temps libre afin de s’épanouir ; etc.

Voilà les conditions d’une démocratie plus large, d’une démocratie véritable. Celle de la population organisée en comités de quartiers et sur les lieux de travail pour qu’elle puisse elle-même gérer ses affaires et se contrôler elle-même. Des embryons existent : nos associations de quartier, nos assemblées générales de lutte, etc.

Nous n’aspirons pas à gérer la ville à la place des travailleur.se.s. Nous ne ferons pas croire aux NantaisEs qu’une bonne politique municipale résoudrait leurs problèmes. Afin de mettre fin à la délinquance et à l’insécurité sociale, il faut rompre avec un système capitaliste qui produit de la violence sociale, et un climat anxiogène permanent. Unis et solidaires, débarrassés des contraintes du quotidien, des pressions du patron et des fins de mois difficiles, bien des tensions et des incivilités pourraient être évitées. L’indifférence et la violence s’alimentent et elles sont les filles de la misère et de l’absence d’avenir. Seule l’action consciente et concertée des travailleurs et travailleusess et des habitantEs, pourra casser ce cercle vicieux. Les matraques et les prisons ne résoudront pas l’état d’urgence sociale.

Assez de cette société injuste et inégalitaire !

Il est intolérable qu’au XXIe siècle, dans une ville aussi riche que Nantes, des femmes soient contraintes de se résoudre à la prostitution, que des jeunes doivent dealer de la drogue pour s’en sortir, que des NantaisES en soient réduitEs à dormir à la rue ou dans leur voiture, ou que des étudiantEs doivent s’endetter pour payer leurs études. Bref, il y a en assez de devoir passer notre vie à la gagner.Assez de constater une augmentation des viols de rue. Assez aussi que des lycéenNEs qui protestent pacifiquement contre la réforme du bac soient gazéEs et matraquéEs devant leur lycée et risque l’exclusion. On en a marre de survivre et de subir, nous voulons vivre !

Les problèmes de l’insécurité sociale, de la violence, de la prostitution, de la drogue, etc. doivent s’affronter de face sans éviter les sujets qui fâchent en y mettant les moyens qu’il faut. Bien des défis sont devant nous, et les élections municipales ne changeront pas les choses.

Mais voter pour la liste “Anticapitalistes et Révolutionnaires”, c’est permettre de se compter, de faire entendre la voix de ceux qui luttent et qui veulent un autre avenir débarrassé de la logique du profit et de l’argent. C’est prendre conscience de notre nombre et de notre force collective, tout en rejetant les politiciens professionnels.