MigrantEs NantaiSEs – 2/3 – Pour un monde sans frontières...!

Le budget des mairies est serré et leur marge de manœuvre de plus en plus étroite vis-à-vis de l’État. Même une mairie de gauche, malgré toutes les promesses que les candidates sont prêtes à faire du PS à Nantes en Commun en passant par les Verts, ne pourrait mettre en place un véritable plan d’accueil à la hauteur du nombre de personnes à la rue et sans emploi, car ce serait sans compter tous les bâtons qu’on lui mettrait dans les roues.

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Le budget des mairies est serré et leur marge de manœuvre de plus en plus étroite vis-à-vis de l’État. Même une mairie de gauche, malgré toutes les promesses que les candidates sont prêtes à faire du PS à Nantes en Commun en passant par les Verts, ne pourrait mettre en place un véritable plan d’accueil à la hauteur du nombre de personnes à la rue et sans emploi, car ce serait sans compter tous les bâtons qu’on lui mettrait dans les roues.

Accueil et régularisation : des enjeux au-delà de l’échelle municipale

Ce qui se passe ici n’est pas déconnecté de ce qui se passe ailleurs, ni des décisions gouvernementales, ni des décisions à l’échelle de l’Europe – ce sont les puissances de l’Union Européenne qui ont imposé Frontex et le protocole de Dublin pour ne pas avoir à prendre en charge les demandeurs d’asile et pouvoir les renvoyer vers les pays côtiers, nouvelles frontières de l’Europe que sont la Grèce, l’Espagne et l’Italie –, ni des décisions à l’échelle du monde.

Les migrantEs sont aujourd’hui une monnaie d’échange entre puissances : entre l’Union européenne et la Turquie qui assure un rôle de garde-frontières pour peser internationalement, mais aussi entre le Mexique et les Etats-Unis. Partout les grandes puissances font le tri entre les travailleurs et les travailleuses, gardent les « bons » migrants, ceux qui correspondent aux critères du refuge (politique) voulu par la Convention de Genève, ceux qui viennent de pays considérés comme dangereux, comme c’est le cas en France pour obtenir la protection subsidiaire – mais on sait comme le critère de dangerosité peut être lâche.

Toutes celles et tous ceux que la misère et le manque de perspectives d’avenir forcent à quitter leur lieu de vie, ceux que certains médias appelent « les réfugiés économiques » et qui font répéter à bon nombre de politiciens – de droite et de gauche… mais aussi de la « gauche de la gauche » comme François Ruffin – la formule nauséabonde selon laquelle « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on les déboute, on les condamne à la clandestinité, au travail au noir et à la rue.

La misère… et ceux qui en profitent !

Pour les femmes, si on a des enfants, on peut passer entre les mailles des filets des réseaux de prostitution. Mais c’est le destin qui attend les autres, les femmes seules, qui sont récupérées parfois dès leur arrivée aux portes de l’Europe, en lien direct avec les passeurs. Les familles sont souvent prises en charge en priorité par les associations et collectifs solidaires – à défaut de l’être par les services de l’État – mais il manque des solutions adaptées aux femmes enceintes et à celles avec enfants voire nourrissons : certaines sont mises à la rue des maternités après un mois d’hébergement à l’hôpital sans aucune solution d’hébergement en vue, comme c’est le cas à Nantes depuis plusieurs mois (1).

Du côté des hommes, des associations subventionnées par l’État fournissent du travail à des exilés pour des salaires au rabais, à la grande joie des patrons du maraîchage et du BPT notamment, qui voient arriver, avec ces travailleurs immigrés sans papiers, une main-d’œuvre bon marché. Mais pour la plupart des hommes, les seules perspectives pour s’en sortir, quand on n’a pas droit à l’aide financière fournie aux demandeurs et demandeuses d’asile – et même quand on y a droit, tellement elle est faible (210 euros) – c’est d’enchaîner les jobs avec un faux nom comme les livreurs Deliveroo, et les chantiers au black dans le BTP et sur les marchés, pour presque rien, et sans aucune sécurité.

Alors non, les étrangers qui bénéficient de quelques aides ne sont pas des privilégiés ; ils ne prennent pas l’emploi des français. Toutes les études démontrent que c’est faux (2) ; les exilés ne remplacent pas des travailleurs locaux, même au noir ; ils n’augmentent pas le chômage ni ne font baisser les salaires. Celles et ceux qui s’en prennent à l’emploi, qui cassent le droit du travail, qui suppriment des postes, favorisent les emplois précaires, ce sont nos dirigeants et les patrons, qui travaillent main dans la main ici et ailleurs pour exploiter les travailleurs et travailleuses du monde entier.

De l’air, ouvrons les frontières !

Ce que nous voulons, ce n’est pas seulement que les exiléEs nantaiSEs trouvent du travail et aient un toit sur leur tête et sur celles de leurs enfants. Ce que nous voulons, c’est que tous les sans-papiers soient régularisés ; c’est l’abolition des frontières, ici et là-bas, car aujourd’hui encore, les frontières tuent. Certains, au Rassemblement National mais pas seulement, crieront alors à l’invasion : la libre circulation des hommes et des femmes, et non seulement des marchandises, ça serait la fin de l’Europe, de la Civilisation ! Mais c’est quoi, les « Européens » ? C’est quoi les « Français » ? Les populations européennes sont façonnées par une longue histoire de flux migratoires. En France, 10 % des habitantEs sont immigrés, et plus du tiers sont des descendantEs d’immigréEs de deuxième outroisième génération. Nous sommes tous des immigrés de la Xième génération ! Surtout, quand des Macronistes ou des portes-parole de la France Insoumise criaient à la « crise migratoire » en 2017, le nombre de migrantEs arrivéEs en France avoisinait les 260 000…(3) soit 0,4 pourcent de la population !

Toutes celles et ceux qui, du Rassemblement national jusqu’à la France insoumise, en passant la République en Marche, dénoncent la prétendue « crise migratoire », ou encore le caractère soi-disant néfaste de l’immigration dans notre pays, ne visent qu’à une chose : diviser et monter les uns contre les autres. Contre ces démagogues de tout bord, réaffirmons haut et fort : les travailleurs et travailleuses françaisES ont infiniment plus en commun avec les immigréEs, les exiléEs, les sans-papiers d’ici, et avec les travailleurs et les exploitéEs du monde entier, qu’avec leurs patrons et leurs politiciens bourgeois.

>>> Pour lire la suite du dossier : MigrantEs NantaiSEs - 3/3 - Le pouvoir aux travailleuses et travailleurs... ici et ailleurs !