MigrantEs NantaiSEs – 3/3 – Le pouvoir aux travailleuses et travailleurs… d’ici et d’ailleurs !

La ville de Nantes est capable d’accueillir toutes celles et ceux qui arrivent...Et toutes celles et ceux qui sont à la rue. Les études officielles estiment à 5 % le nombre de logements vacants : même si le chiffre est sans doute bien en dessous de la réalité, il laisse présager de nombreuses possibilités de construction de logements sociaux (plutôt que de logements neufs essentiellement privés et hors de prix, comme c’est le cas aujourd’hui).

Cortège des collectifs de sans-papiers. Crédit photo : Photothèque rouge / JMB.

Cortège des collectifs de sans-papiers. Crédit photo : Photothèque rouge / JMB.

La ville de Nantes est capable d’accueillir toutes celles et ceux qui arrivent...Et toutes celles et ceux qui sont à la rue. Les études officielles[1] estiment à 5 % le nombre de logements vacants : même si le chiffre est sans doute bien en dessous de la réalité, il laisse présager de nombreuses possibilités de construction de logements sociaux (plutôt que de logements neufs essentiellement privés et hors de prix, comme c’est le cas aujourd’hui). Le non-accueil et le manque de logements ne sont pas une fatalité. C’est une question de choix politique !

La solidarité concrète contre la démagogie anti-immigréEs

On reproche souvent aux associations de créer un appel d’air en répondant à l’urgence, en logeant les gens qui arrivent… Ce n’est pas un « appel d’air », c’est un appel à la solidarité ! Il s’agit d’inciter les habitantEs d’autres villes à faire de même, afin de trouver des solutions pérennes aux exiléEs. Et puis, que vaut cet argument de « l’appel d’air », qui sous-entend que c’est parce que l’on propose des solutions aux gens ici que tout le monde va venir ? Rappelons que la moitié des migrantEs originaires du continent Africain vont dans des pays limitrophes à leur pays de départ...[2] et que si des gens risquent leur vie pour venir ici ce n’est pas parce que cela fait envie, mais bien parce qu’ils et elles sont pousséEs au départ. Et cela en grande partie à cause des politiques que les classes dirigeantes, les bourgeoisies européennes, mènent en Afrique et ailleurs, en soutenant des dictateurs et des cliques, pour continuer de piller les anciennes colonies.

L’accueil, ce n’est pas seulement le logement : c’est aussi l’apprentissage du français pour les allophones (3), la scolarisation des enfants de la maternelle à la fac, la formation professionnelle, l’accès à la santé, et l’accès à l’emploi. Dans tous ces domaines, des dizaines d’associations font tampon pour pallier les manquements de l’État et la clandestinité à laquelle il condamne les déboutéEs du droit d’asile. Des moyens, il y en a…. puisque les NantaisES les trouvent !

A l’été 2018, face aux solutions insuffisantes de la Mairie, ce sont des bénévoles qui ont construit des douches au square Daviais. La nourriture, c’est l’Autre Cantine qui l’a fournie, une association d’entraide qui fournit des centaines de repas par jour aux exiléEs nantaiSEs. L’accès au soin, ce sont les médecins du CSPN (Collectif des Sans-Papiers de Nantes) qui l’ont garanti lors des permanences santé aux Bains-Douches, donnant des médicaments contre la gale mais assurant surtout un suivi médical et psychologique plus que nécessaire pour des jeunes et moins jeunes qui ont connu les longues marches, la violence des passeurs et des frontières, les dangers de la Méditerranée, et très souvent la mort de leurs amis et membres de leur famille. Des hébergements, ce sont des habitantEs solidaires, des militantEs, des voisinEs qui en fournissent : bien plus que les services de l’État, dont le 115 est complètement saturé.

C’est pas les immigréEs qu’il faut virer, c’est le capitalisme qu’il faut éliminer !

C’est par la lutte que l’on obtiendra une vie digne pour toutes et tous, certainement pas par les élections. C’est tout un système, le système capitaliste, qu’il faut renverser. Mais il est important, dans cette bataille politique des municipales, de dire tout ce qu’une municipalité aux mains des habitantEs, des travailleurs et des travailleuses, pourrait mettre en place. Non seulement à la mairie – qui ne serait pas décisionnaire mais serait chargée d’exécuter les décisions prises dans les assemblées générales, de donner les finances nécessaires aux projets menés par les comités d’entreprise et de quartiers – mais surtout sur le terrain, dans le tissu de solidarité qui existe déjà.

A Nantes, des centaines d’habitantEs, dont des catholiques, des musulmanEs, et des militantEs de différents courants – des autonomes, des militantEs communistes révolutionnaires,… – travaillent dans la même direction et parfois ensemble, pour dire haut et fort que personne n’est illégal. Un exemple parmi d’autres en France et ailleurs que l’unité concrète est possible dans une ville entre ses anciens et ses nouveaux habitantEs. Avec les habitantEs au pouvoir, ce maillage de collectifs et d’associations, fort, organisé, et qui fournit un travail monstre, serait encouragé, aidé financièrement et par l’afflux de plus de bras. Car chacunE, dans son quartier, serait amenéE à prêter main-forte, à prendre en charge les personnes à la rue ou en recherche d’emploi. L’accueil des migrantEs ne serait plus porté à bout de bras par des équipes militantes exténuées, mais par toutes et tous. Lutter contre la violence du système passe déjà par la solidarité.

Une mairie aux mains des classes populaires ne pousserait pas les demandeurs d’asile et leurs soutiens à la clandestinité, ne les considéreraient pas comme des criminels. Elle réaliserait avec les habitantEs de la ville le recensement des logements vides et organiserait les réquisitions. Elle donnerait accès à la liste des bâtiments dont la mairie est propriétaire, et appliquerait le plan Grand froid toute l’année. Une telle mairie n’accepterait pas que la Police aux frontières ou que des organismes à la solde de l’État, comme France Horizon, viennent dans les lieux de vie et fasse un tri des migrantEs. Parce qu’on ne peut pas hiérarchiser les situations, les exils et les souffrances. Et que nous sommes toutes et tous membres de la même humanité : celle des travailleurs et travailleuses, celle des exploitéEs et des oppriméEs.